Casting
| Name | Position |
| Jordi Savall | Direction artistique |
| Manuel FORCANO | Histoire et texte |
| Montserrat FIGUERAS | Chant / cythare |
| Manuel FORCANO | Récitant |
| Amyan RAZMIK | Chant / Singer |
| Khaled ABU ALI | Chant / Singer |
| Khalil MUWAFAK SHAHIN | Chant / Singer |
| Marc MAUILLON | Chant / Singer |
| Begona OLAVIDES | Chant / Singer |
| Fahmi ALQHAI | Vièle archet (SYRIA) |
| Dimitri PSONIS | santur/morisca/drums |
| Driss EL MALOUNI | Oud (MAROCCO) |
| Usama Ghanayim ABU ALI | Flute |
| Omar BASHIR | Oud (IRAK) |
| Wahab BADARNE | Ganun |
| Yagel HAREL | Schofar (ISRAEL) |
| Gaguik MOURADIAN | Kamancha (ARMENIA) |
| Yair DALAL | Oud, Violin (ISRAEL) |
| Erez Schmuel MOUNK | Drums (ISRAEL) |
| LES TROMPETTES DE JERICHO | Orchestre / Orchestra |
| HESPERION XXI | Orchestre / Orchestra |
| LA CAPELLA REIAL DE CATALUNYA | Choeur / Chorus |
Co Producteurs et Diffuseurs (TV, cinema, Video)
ALIAVOX, MEZZO
Line producer
Nicole LARRIEU
C’est par le fracas des trompettes de Jéricho (1200 avant J.-C.) que s’ouvre « Jérusalem, la ville des deux Paix : la Paix céleste et la Paix terrestre ».
Sanctifiée par les trois religions monothéistes de la Méditerranée, Jérusalem s’est vite transformée en une ville invoquée et désirée, cible des pèlerins de toutes sortes. Certains sont venus à elle en odeur de paix et d’autres avec des armées entières coupables d’assiéger, d’incendier, de ruiner… Jérusalem fut dévastée plus de quarante fois durant sa longue histoire.
Jordi Savall et Montserrat Figueras, accompagnés de prestigieux récitants, de musiciens dépositaires de traditions orales et d’illustres formations telles qu’Hespèrion XXI et La Capella Reial jouant sur instruments d’époque, présentent les avatars historiques de Jérusalem en une frise de textes et de musiques juives, arabes et chrétiennes, de jadis et d’aujourd’hui.
Tour à tour ville sainte et ville maudite, Jérusalem est présentée comme une cité qui espère peut-être réaliser l’utopie de réunir les deux paix de son nom hébraïque. En guise d’illustration de ce portrait musical, Jordi Savall cite le Talmud : « dix mesures de beauté descendirent au monde ; Jérusalem en reçut neuf, et les autres le reste du monde. »
Jordi Savall, nommé ambassadeur de la paix par l’Unesco en 2008, exprime à travers cette œuvre la curiosité profonde qui l’anime devant l’histoire de cette région où les peuples se déchirent au nom du même dieu. Loin du discours utopique ou de l’approche démagogique, l’artiste se contente de raconter à sa manière l’histoire musicale d’une ville orientale qui est à l’origine de notre civilisation.
Le spectacle de Jordi Savall « Jérusalem, la ville des Deux Paix » raconte l’histoire mouvementée de Jérusalem par ses musiques et textes, respectivement juives, musulmanes ou chrétiennes et culmine dans le chant de Shlomo Katz, El Male Rahamim (chant aux morts d’Auschwitz), reliant ainsi Jérusalem, Ville des deux Paix à l’horreur ultime de notre histoire récente, l’Holocauste.
Ce nouveau projet de Jordi Savall est, parmi tous ceux qu’il a réalisés ces dernières années, le plus radical et risqué: arc tendu, depuis les origines de Jérusalem jusqu’à la plus grande catastrophe de notre époque, la Shoa, il ne cesse de nous interpeller par sa justesse et profondeur. Il nous laisse entrevoir un monde sans barrières d’esprit comme cela a dû exister à Cordoue, il y a quelques siècles.
Jordi Savall est un des musiciens les plus importants et visionnaires de notre temps : Orient-Occident (Musiques d’Orient et d’Occident) et Cristobal Colon (Ombres et lumières au temps de Christophe Colomb) par exemple, sont des fresques musicales et sonores, de véritables créations de mondes disparus qui nous replongent dans l’histoire de l’humanité. La portée de ses Å“uvres dépasse de loin le cadre d’une programmation traditionnelle de concerts.
Son entreprise ici est d’une telle puissance et richesse qu’elle s’adresse à nos oreilles mais aussi à l’ensemble de nos cinq sens : par la beauté de l’arrangement scénique, par l’aspect et l’odeur des instruments d’époque et la crédibilité des artistes et penseurs y participant. Elle donne l’envie de faire un film qui seul pourra transcender l’expérience du spectateur en salle de concert.
Jordi Savall poursuit dans son art l’idée universelle de la Paix, à l’instar de Daniel Barenboïm qui rassemble les contraires par la musique avec son West-Eastern Divan Orchestra. Jordi Savall, lui, entouré par Montserrat Figueras et les ensembles HesperionXXI et la Capella Reial de Catalunya, réunit des chanteurs et des instrumentistes juifs et palestiniens, d’Israël, d’Irak, d’Arménie et de Syrie et d’Europe. Tous représentants des trois religions qui ont construit Jérusalem, il leur fait parcourir le chemin même de leur propre histoire, tracé par ses musiques. Preuve éclatante que les clivages toujours si vifs entre les cultures peuvent être (parfois) dépassés et devenir une métaphore de la recherche de paix au Proche Orient.
Non seulement Jérusalem est la capitale et le centre politique d’Israël, mais encore c’est une ville spirituelle majeure pour les trois religions monothéistes. Cette Ville Sainte qui unit le ciel et la terre est toujours reconnue sous trois noms dans au moins trois langues : en hébreu, « Iyr-Hakodesh », en Grec « Hierosolyma » et en Arabe « Al-Kuds ». La ville est centrale pour la Foi religieuse et pour les Cultures des trois religions, le Judaïsme, la Chrétienté et l’Islam. Pour la première fois dans l’histoire, Jérusalem résonne à la fois des lamentations de la prière judaïque, du son des cloches des églises et de l’appel du Muezzin à la foi musulmane.
MALCOLM CARTIER, Jérusalem 2008
LA VILLE DES DEUX PAIX
par Manuel Forcano, dramaturge et co-concepteur du spectacle
L’une des étymologies qui expliquent le nom de la ville de Jérusalem, traduit son nom en hébreu comme « la ville des deux paix », faisant une claire référence métaphorique à la « paix céleste » aussi bien qu’à « la paix terrestre ». La première est proclamée et promise par les prophètes qui y vécurent ou y passèrent, la seconde est toujours désirée par les politiques de toutes les époques qui l’ont gouvernée pendant ses plus de cinq mille ans répertoriés par l’histoire.
Sanctifiée par les trois grandes religions monothéistes de la Méditerranée, Jérusalem s’est vite transformée en une ville invoquée et désirée, briguée par tous, devenue l’objectif, le but et la cible des pèlerins de toutes sortes. Certains sont venus à elle en odeur de paix et d’autres comme soldats ou avec des armées entières sur le pied de guerre, coupables d’assiéger, d’incendier, ruiner et dévaster Jérusalem plus de quarante fois durant sa longue histoire.
Ville sainte ou ville maudite, Jordi Savall et Montserrat Figueras – avec d’autres musiciens juifs, chrétiens et musulmans d’Israël et les prestigieuses formations Hespèrion XXI et La Capella Reial qui jouent comme toujours sur instruments d’époque et selon les critères historiques– présentent les avatars historiques de Jérusalem en une frise de textes et de musiques selon ses divers protagonistes : musiques juives, arabes et chrétiennes de jadis et d’aujourd’hui. Jérusalem y est présentée comme une ville qui accueille et qui, vivant actuellement en paix, espère peut-être réaliser l’utopie de réunir les deux paix de son nom.
Manuel Forcano, dramaturge et co-concepteur du spectacle
LE POUVOIR DE LA MUSIQUE
Par Jordi Savall
« Évoquer quelques-uns des moments essentiels de l’histoire et des musiques d’une ville comme Jérusalem, de plus de 3000 ans d’existence, et en même temps apporter un témoignage des principaux peuples, cultures et religions qui l’ont façonnée est une tâche quasi impossible, quoiqu’extrêmement fascinante. Pour aborder ce projet, il était nécessaire de réunir un ensemble de musiciens provenant des principaux pays qui ont eu un rôle marquant dans les événements anciens et actuels. C’est pourquoi, outre les solistes habituels qui constituent les ensembles Hespèrion XXI et La Capella Reial de Catalunya, provenant d’Espagne, de France, du Royaume-Uni, de Belgique, de Grèce…, nous avons invité des chanteurs et des instrumentistes juifs et palestiniens d’Israël, d’Irak, d’Arménie et de Syrie. Il était nécessaire de présenter une sélection significative des différentes musiques propres aux peuples qui tout au long de l’histoire de cette ville l’ont habitée avec leurs rêves et leurs tragédies, avec leurs espoirs et leurs malheurs.
La musique nous permet un regard plein d’émotion et de lumière sur des légendes, des croyances et des événements qui représentent un fabuleux concentré de vie, de culture et de spiritualité en symbiose avec ce qui se passe dans le monde. Fortement marquées par la présence historique des principales religions monothéistes (la juive, la chrétienne et la musulmane), l’histoire et les musiques de Jérusalem sont le reflet d’un vécu unique, dans lequel les guerres et les conflits les plus extrêmes accompagnent les faits et gestes les plus élevés et spirituels de toute l’histoire de l’humanité. Dans ces temps anciens, le pouvoir de la musique est toujours très présent. De toutes les sources hébraïques, la Bible constitue la principale et la plus riche pour la connaissance de la musique dans les époques les plus anciennes. La musique et la danse sont très présentes dans la vie quotidienne mais aussi dans les cérémonies religieuses, sans oublier les batailles. C’est justement dans une des légendes les plus anciennes que se manifeste le pouvoir de la musique avec les trompettes de Jéricho. Plus que la musique en elle-même, ici ce sont des sons, plutôt des dissonances, produits par plusieurs centaines d’instruments, si forts et si intenses qu’ils finissent par détruire les murailles. Dès le début, il nous semblait vraisemblable que l’un des instruments les plus anciens existants, le schofar ou cornes de bélier d’Abraham, ait participé d’une manière essentielle à cette bataille à côté des anciennes trompettes orientales, aujourd’hui connues comme añafiles ou annafirs.
Cette hypothèse nous est confirmée par le témoignage de l’abbé Nicolas, du monastère bénédictin de Thingeyrar en Islande, qui alla en Terre Sainte quatre ou six ans après la composition de la chanson de croisade « Chevalier mult estes guaritz » (datée de 1146) et retrouva le bâton de Moïse (mentionné dans cette chanson) dans la chapelle Saint-Michel de l’un des palais de Constantinople (Bucoleon). Plus tard, l’inventaire d’Antoine, archevêque de Novgorod, dit plus précisément qu’il est gardé entre une des trompettes de Jéricho et les cornes de bélier d’Abraham (Riant, Exuviae Constantinopolitanae, Genève, 1878). La partition que nous avons imaginée pour cette fanfare ne peut définir aucune note, étant donné que chaque instrument a une intonation totalement différente ; il s’agit donc d’une construction et d’une superposition complètement aléatoires de sons, tenant compte du langage caractéristique de ces instruments primitifs, structurés avec des rythmes et des dynamiques de base communes et assez précis individuellement, mais libres dans l’ensemble. Il faudrait imaginer le résultat sonore réalisé par les quatorze instruments et tambours multiplié par trente ou cinquante si l’on veut s’approcher de l’effet produit dans la réalité par les légendaires trompettes de Jéricho. Un autre exemple du pouvoir de la musique que nous voulons signaler se situe à l’extrême opposé de la violence sonore : ici ce ne sont pas les sons qui désintègrent la matière, mais les sons qui nous bouleversent par la profonde force de l’émotion et de la spiritualité d’une prière chantée. Nous sommes à Auschwitz en 1941, Schlomo Katz, l’un des condamnés juifs d’origine roumaine, demande avant d’être exécuté la permission de chanter le chant aux morts El male rahamim. La beauté, l’émotion et la manière de chanter cette prière pour les morts impressionne et touche à tel point l’officier en charge de l’exécution qu’il lui sauve la vie et lui permet de s’évader du camp. L’enregistrement que nous diffusons fut réalisé quelques années plus tard. C’est un document historique exceptionnel en tant que mémoire du vécu, en tant qu’hommage offert en souvenir et comme prière pour toutes les victimes de ces camps de l’horreur (enregistrement dans le CD qui accompagne la publication de Hervé Roten sur les Musiques liturgiques juives, Paris, 1998). C’est alors qu’on se rend compte combien est juste l’affirmation d’Elias Canetti, quand il nous dit : « La musique est la véritable histoire vivante de l’humanité, on y adhère sans résistance car son langage relève du sentiment, et sans elle, nous ne détiendrions que des parcelles mortes. »
Parmi les milliers d’étapes de cette riche histoire de Jérusalem, nous avons sélectionné les plus significatives, pour présenter la Jérusalem juive, la Jérusalem chrétienne, la Jérusalem arabe et ottomane, ainsi que la Jérusalem ville de pèlerinages, et terre d’asile et d’exil à travers l’histoire. Ainsi ces cinq parties sont précédées de références musicales et littéraires à la paix céleste et sont suivies d’une conclusion sur la paix terrestre. Elles constituent plus qu’un programme de concert car la musique devient le conducteur essentiel pour atteindre un véritable dialogue interculturel entre des hommes et des femmes appartenant à des nations et des religions différentes, mais qui ont en commun le langage de la musique, de la spiritualité et de la beauté. »
Jordi Savall
Bellaterra, avril 2008
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