IDOMENEE, ROI DE CRETE

Wolfgang Amadeus Mozart

Olivier Py, Marc Minkowski

Aix-en-Provence - Archevêché - 2009
Réalisé pour la TV par Don KENT
Durée: 03:05:00 | Support : HD

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opera

Casting

Position Name Role
Chant / Singer Xavier MAS Arbace
Chant / Singer Colin BALZER Sacerdote
Chant / Singer Luca TITTOTO La voce
Chant / Singer Sophie KARTHAUSER Ilia
Chant / Singer Richard CROFT Idomeneo
Chant / Singer Yann BEURON Idamante
Chant / Singer Mireille DELUNSCH Elettra
Choeur / Chorus RUNDFUNKCHOR BERLIN
Compositeur / Composer Wolfgang Amadeus MOZART
Costumes Pierre-André WEITZ
Décorateur / Sets Pierre-André WEITZ
Direction musicale / Conductor Marc MINKOWSKI
Livret / libretto Giambattista VARESCO
Lumière / Lights Bertrand KILLY
Mise en scène / Stage Director Olivier PY
Orchestre / Orchestra LES MUSICIENS DU LOUVRE

Co Producteurs et Diffuseurs (TV, cinema, Video)

FESTIVAL D'AIX EN PROVENCE

Line producer

Anne TARDIEU

 

Acte I
Ilia, princesse troyenne, vit à la cour d’Idoménée, roi de Crète, un des vainqueurs de sa patrie. Pour son plus grand malheur, elle aime Idamante, le fils d’Idoménée. De surcroît, elle a une rivale : la princesse grecque Electre, également réfugiée à Crète après la tragédie qui a frappé la cour royale de Mycènes. Comment réconcilier en son cœur la loyauté envers les siens, et l’amour pour l’ennemi (« Padre, germani, addio ») ? Idamante annonce l’arrivée prochaine de la flotte de son père ; pour fêter un si beau jour, il rend la liberté à tous les prisonniers troyens. Il le fait par amour d’Ilia dont il ne peut comprendre la froideur (« Non oh colpa ! »). Au moment où l’on rompt les chaînes des Troyens (chœur : « Godiam la pace »), provoquant l’ire d’Electre Arbace, le conseiller du roi, apporte une nouvelle atroce : les navires d’Idoménée ont sombré, le roi est mort. Cela ne laisse plus d’espoir à Electre, dont la colère éclate (« Tutte nel cor vi sento »). Nous nous transportons sur le rivage, où l’on entend les cris des marins combattant la tempête (chœur : « Pieta ! Numi pieta ! »). Neptune calme les flots, Idoménée est sauf. Mais à quel prix ! Afin de se sauver n’a-t-il pas promis à Neptune la vie du premier humain qu’il rencontrera sur la rive (« Vedrommi intorno ») ?Le malheureux s’avance, et c’est Idamante. Après une déchirante scène de reconnaissance, Idoménée repousse son fils et s’enfuit, laissant Idamante désorienté (« Il padre adorato »). (Intermezzo.) On célèbre le retour d’Idoménée (marche ; chaconne avec choeur : « Nettuno s’onori »).

Acte II
Idoménée révèle à Arbace toute l’horreur de sa situation. Il ne reste qu’une solution, renvoyer Idamante de Crète, par exemple en lui faisant raccompagner Electre en Grèce (Arbace : Se il tuo duol »). [1786 : « Non più, tutto ascoltai »-« non temer ».] Ilia remercie Idoménée a bien compris le sens de ses parles : elle aime Idamante. Ainsi, en tuant son fils, fera-t-il non pas une, mais trois victimes (« Fuor del mar »). Seule Electre est ravie : loin de sa rivale, elle pourra reconquérir le cœur d’Idamante (« Idol moi »). Le navire attend sur le rivage (chœur : « Placido è il mar »). Le cœur brisé, Idamante prend congé de son cœur, de sa patrie, et d’Ilia (trio : « Pria di partir »). Une soudaine tempête fait surgir des flots un monstre horrible : c’est Neptune qui s’insurge contre la ruse d’Idoménée (chœur : Qual nuovo terrore ! »). Idoménée affronte le dieu injuste (« Eccoti in me »), tandis que les Crétois s’enfuient, épouvantés (« Corriamo, fuggiamo »).

Acte III
Ilia hésite toujours à avouer son amour pour Idamante (« Zeffiretti lusinghieri »). Il vient ; avant d’affronter le monstre, il veut voir une dernière fois celle qu’il adore, et celle-ci ne peut plus lui refuser un tendre aveu (duo : « S’io non moro a questi accenti »)[1786 : « Spiegarti non poss’io.] Surpirs par electre et Idoménée, ils entendent la confirmation du verdict : Idamante doit partir (quatuor : « Andro ramingo e solo »). Maintenant c’est le peuple qui se soulève, voulant connaître le coupable du malheur qui s’abat sur lui. Arbace pleure les malheurs de sa patrie (« Sventurata Sidon »-« Secolà ne’fati è scritto »). Au nom des Crétois, le Grand Prêtre demande le nom de la victime désignée par les dieux, et Idoménée finit par prononcer celui de son fils, suscitant la stupéfaction générale (« O voto tremendo !»). On pénètre dans le temple de Neptune où doit s’accomplir le sacrifice, et où parviennent soudain des bruits d’allégresse : Idamante a vaincu le monstre. Il s’approche, prêt à mourir (« No la morte io non pavento »). Mais Ilia arrête la main d’Idoménée, offrant sa vie à la place de celle de son bien-aimé. Au moment où elle s’agenouille devant l’autel pour recevoir le coup fatal, la voix de Neptune retentit : Idoménée doit abdiquer en faveur d’Idamante qui régnera désormais sur Crète avec Ilia comme épouse. Electre éclate de fureur (« D’oreste, d’Aiace »), alors qu’Idoménée remercie le ciel (« Torna la pace al core»), et les Crétois se réjouissent (chœur : « Scenda Amor »).

L’Oeuvre de Mozart

1780, un nouveau séria pour Munich. Six ans après la Finta Giardiniera, commande qui lui est passée dans les mêmes circonstances, Mozart reçoit la proposition d’un nouvel opéra, à l’automne 1780, de la part du prince électeur de Bavière, Karl-Theodor. Il s’agit d’un nouvel ouvrage d’un genre essentiel pour le compositeur, un opéra séria dont la première devra se dérouler lors du prochain carnaval de Munich. Idoménée, d’après la tragédie lyrique du même nom de Campra (1712) sur un livret de Danchet, marque la voie de l’émancipation. Emancipation sociale et professionnelle de Mozart : après Idomeneo, le jeune musicien ne revient plus à Salzbourg, dont le climat provincial et l’esprit étroit lui pèsent infiniment, et rejoint Vienne sur l’ordre de Colloredo, son employeur ; c’est peu de temps après, en juin 1781, que leur rupture est consommée. Emancipation artistique surtout : avec son nouveau séria, Mozart fait preuve d’une inventivité foisonnante, osant la grande machine avec une énergie créatrice qui démontre le génie du dramaturge. L’opéra fut sa grande passion, et le genre séria, un registre aimé, lequel annonce le Clémence de Titus, composé l’année de la mort de Mozart, dix ans après Idoménée.
C’est le chapelain de la cour du prince-archevêque Colloredo, l’abbé Giambattista Varesco qui écrit le livret du nouvel opéra de Mozart. A Munich, pour diriger les premières répétitions (décembre 1780), le compositeur retrouve un orchestre exceptionnel, composé de nombreux musiciens de l’orchestre de Manheim, alors dirigé par Stamitz, et qu’avait fondé le prince-électeur, avant son installation à Munich en 1778.

La genèse de l’œuvre est idéalement documentée : Mozart écrit à son père ses recommandations, lequel les transmet à Varesco resté à Salzbourg. Rigueur psychologique, vraisemblance, efficacité de l’action : Mozart semble favoriser la rapidité. D’ailleurs, après que le livret ait été imprimé, il coupe encore dans l’acte III, et retire trois airs pourtant précédemment composé. Il ne veut d’aucune sorte ennuyer son public munichois. Surtout, le jeune musicien opère une synthèse éblouissante entre l’opéra italien et la tragédie lyrique française. L’invention du compositeur soigne en particulier la continuité dramatique qui sur le plan musical sait éviter la scansion systématique, récitatifs puis airs.

Ensembles nombreux (quatuor du III ème acte), abondance chromatique des récitatifs accompagnés, équilibre concerté entre récitatifs seccos (abandonnés par Gluck) et accompagnatos, tout indique une maturité dans le processus créatif du compositeur. Chaque forme musicale est savamment utilisée pour créer un rythme dans la progression dramatique. Au seuil de la période viennoise, Mozart, pas encore trentenaire, maîtrise totalement l’art musical. D’ailleurs, les opéras à venir, non restreints au seul registre tragique, comme l’est un opéra séria, usant du mode comique, buffo, du singspiel aussi (comme l’Enlèvement au sérail, à venir), allaient démontrer un nouvel accomplissement de la dramaturgie mozartienne. Idoménée marque aussi la première utilisation des clarinettes dans un ouvrage lyrique de Mozart.

Création et devenir. Dans le rôle-titre, le compositeur bénéficie d’un chanteur déjà reconnu et célébré, dont la fin de carrière reste éclatante, Anton Raaff. La première, sous la direction de l’auteur, a lieu le 29 janvier 1781. Mozart vient à peine de fêter ses 25 ans. Après trois représentations, l’ouvrage est vite oublié. Il aura surtout été apprécié des musiciens. Ambitieux, exigeant autant des chœurs que des solistes, l’ouvrage innove pourtant en bien des aspects. C’est essentiellement l’orchestre (ouverture, intermèdes, marches, ballets), qui occupe le devant de la scène des passions. Mozart souhaite adapter son œuvre en allemand, le reprendre aussi pour le rapprocher plus étroitement de la tradition française. Il est à Vienne, soucieux de s’imposer sur la scène lyrique.

Hélas, Gluck triomphe alors avec Iphigénie en Tauride et surtout Alceste.
Dans son esprit, Idoménée devient basse et Idamante, ténor. Revirement vocal des plus audacieux et qui éclaire d’un nouveau regard la dramaturgie de l’œuvre. En 1786, Mozart a l’opportunité de produire l’ouvrage mais les deux rôles masculins sont distribués à deux ténors, solution déséquilibrée qui gêne finalement la lisibilité psychologique de leur personnage. C’est pourtant en langue allemande qu’Idomeneo s’imposera sur les planches des théâtres pendant tout le XIXème siècle.

Revue de Presse

Olivier Py débute à Aix et dans Mozart avec un “Idoménée” bien bâti (AFP)

Olivier Py, l’un des metteurs en scène français les plus doués de sa génération, a fait samedi soir ses débuts au
Festival d’Aix-en-Provence et dans Mozart avec un “Idoménée” qui invente une Cité nouvelle à partir
d’impressionnants décors transformables.
La production sera redonnée à Aix cinq autres fois jusqu’au 17 juillet sous la direction musicale de Marc
Minkowski, qui souligne par une direction contrastée l’épaisseur dramatique du premier opéra de la maturité
mozartienne, même si ses Musiciens du Louvre pourraient gagner en qualité sonore.
Le tandem Minkowski-Py, qui s’est formé en 2007 pour un “Pelléas et Mélisande” de Debussy revenu de
Moscou avec un écho flatteur, a choisi pour “Idoménée” de recourir à la version “viennoise” de 1786, écrite pour
un Idamante ténor, comme le rôle-titre.
Une variante plus rarement choisie que la version originale (créée en 1781 par un castrat et aujourd’hui chantée
par une mezzo) mais qui permet d’éclairer directement ce qui est au coeur du livret: la relation entre un père (le
roi de Crète Idoménée) et son fils (Idamante, promis à Neptune en guise de sacrifice).
Habilement, la production joue à la fois sur ce qui sépare les deux personnages (l’âge en l’occurrence,
l’Idoménée choisi étant logiquement plus âgé que l’Idamante) et sur ce qui les rapproche (unité vestimentaire
sous un même manteau noir).
Vocalement, l’Américain Richard Croft est un puits de beautés en Idoménée et affiche une aisance sans faille
dans les vocalises de l’air “Fuor del mar”, quand le Français Yann Beuron n’est pas sans finesse mais peine
dans le registre aigu, où il semble surexposé.
La soprano belge Sophie Karthäuser met beaucoup de tendresse et de conviction en Ilia, la prisonnière
amoureuse d’un (Idamante) de ses ennemis. Quant à Mireille Delunsch, elle a assez joué les écorchées vives
dans sa carrière pour camper une Electre hautement tragique et sanguinolente, avec suffisamment de métier
pour ne pas sombrer dans le ridicule.
On retrouve dans ce spectacle la “signalétique” Pierre-André Weitz, fidèle scénographe et costumier de Py: un
code couleurs simple (noir-blanc-gris), des gradins, escaliers et autres modules métalliques que l’on déplace à
vue… Ainsi que des néons qui, par le jeu d’une myriade de miroirs, suscitent des reflets maritimes bienvenus sur
les murs du Théâtre de l’Archevêché — nous sommes sur une île.
Sur une île, mais pas forcément en Crète: Py transpose le rapport opprimés-oppresseurs qui régit la relation
entre Troyens et Crétois dans une modernité où des migrants africains incarnent une humanité déclassée, sous
une ville en construction (évoquée par des bâtiments et grues miniatures).
Py le catholique raconte comment le royaume d’Idoménée, celui des vieilles superstitions, sera remplacé par le
monde d’Idamante, bâtisseur d’une Cité nouvelle et pacifiée, qu’il inaugurera lors d’une rapide cérémonie du
ruban, ultime image forte d’un spectacle qui n’en manque pas.
AIX-EN-PROVENCE, 5 juil 2009 (AFP)

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